Quelque 150 participants – dont une cinquantaine venus de Belgique – se  sont réunis le samedi 2 mai dans l’Aula du CO de la Glâne à Romont pour la journée d’étude «Habiter notre société vieillissante – Regards croisés entre la Suisse et la Belgique». Cet événement constituait la suite d’un processus d’échanges entre le Réseau Santé et Social de la Gruyère et des partenaires belges, qui avait vu la visite d’une délégation fribourgeoise en Belgique en septembre 2025.  

 

 

 

Stéfanie Monod, vice-directrice de l’Office Fédéral de la Santé Publique (OFSP).

 

 

En ouverture de cette journée, qui a profité des apports de plus de 25 intervenants issus de la recherche, de l’architecture, de l’urbanisme, de la médecine, des sciences sociales et du monde politique, Philippe Demierre, à la tête de la Direction de la santé et des affaires sociales (DSAS), a souligné le grave défi représenté par le vieillissement de la population. Il a relevé des analogies entre les contextes suisse et belge: deux États fédéraux, une décentralisation des compétences comparables, et une confrontation identique aux défis du financement des soins de longue durée, de la pénurie de professionnels et du souhait croissant des citoyens à l’autodétermination. Pour les participants, la question du logement est stratégique, les solutions sont multiples, car en matière de logement, chaque personne a des aspirations individuelles.

 

 

Philippe Demierre, à la tête de la Direction de la santé et des affaires sociales (DSAS)
Dans l’attente de projets novateurs
«La question n’est pas seulement de loger, elle est de permettre à chacune et chacun de vivre dignement, librement et selon ses propres choix. Et c’est sans doute là l’enjeu des années à venir», a lancé le président du Conseil d’Etat. Le canton de Fribourg, dans le cadre de sa politique Senior + et son plan de mesures 2026-2030, «va développer des projets pilotes de conciergeries sociales dans une vision de communautés solidaires», a-t-il assuré. Il a précisé que plusieurs directions de l’Etat réunissent le monde immobilier, les associations actives dans le domaine du social ainsi que les communes pour présenter des projets novateurs à l’occasion du Forum du logement. Voir : Outils: quartier inclusif | Etat de Fribourgwww.fr.ch/dime/developpement-durable/antenne-quartiers-durables/boite-a-outils-quartiers-durables-0/outils-quartier-inclusif
Nécessité absolue d’anticiper
Face au vieillissement démographique, à la pénurie de l’offre de services et de soins, à la volonté de vivre à la maison jusqu’à la fin, à l’auto-détermination légitime de la personne, à la médicalisation à l’œuvre en maison de retraite où l’on entre de plus en plus tard et aux difficultés rencontrées dans le financement public, il faut absolument anticiper. En effet, pour Stéfanie Monod, vice-directrice de l’Office Fédéral de la Santé Publique (OFSP) à Berne, c’est maintenant qu’il faut penser autrement et s’adapter, car on vit le «moment de la transition» en raison du défi démographique représenté par le rapide vieillissement de la population et un défi climatique majeur.
«On devra travailler plus longtemps…»
Ainsi, selon l’Office Fédéral de la Statistique (OFS), de 1995 à 2055 (projection), la population des 0-19 ans passe de 23,3% à 17,9%, tandis que les 20-64 passent de 61,9 % à 56,7% ; les 65 ans et plus passent de 14,8% à 25,5%, tandis que les 80 ans et plus passent de 4,0% à 9,8%. En ce qui concerne les actifs (de 20 à 64 ans), il y avait en 1990, une personne sur six de 65 ans et plus, tandis qu’en 2050, ce sera une personne sur trois. Même si la population s’accroît, il y aura tout de même beaucoup moins d’actifs pour aider physiquement et contribuer financièrement. Cette réduction proportionnelle des actifs implique des pénuries de main-d’œuvre dans tous les secteurs, pas seulement dans la santé, constate Stéfanie Monod.
Elle note que plus de la moitié des médecins qui exercent en Suisse viennent de l’étranger, et 30 à 40% des infirmiers et infirmières également. Cette dépendance à l’étranger va s’accroître alors même que les pays voisins sont confrontés aux mêmes pénuries. «On a vraiment un phénomène de tarissement sur lequel il faut tabler pour les prochaines années». Les dernières publications de l’Observatoire suisse de la santé (Obsan) confirment que dès 2030, la capacité d’accueil actuelle des établissements médico-sociaux (EMS) sera dépassée par les besoins. On est «déjà sous une pression extrême !»
«On devra travailler plus longtemps… On ne peut pas penser qu’il y aura assez de monde pour faire tourner la société. Nos enfants vont galérer !»
Faire face au réchauffement climatique
Constatant qu’en Suisse, le réchauffement climatique est 2 fois plus rapide que la moyenne mondiale, la vice-directrice de l’OFSP déclare que d’ici 2060, l’exposition et la vulnérabilité de la population suisse à l’accroissement des fortes chaleurs augmenteront nettement, du fait de l’évolution démographique et du vieillissement de la population. Elle note un excédent de décès dus à la chaleur pour les 75 et plus. Cette surmortalité des personnes âgées s’est confirmée avec un pic important en 2003, année de la canicule.
Cette hausse des températures en Suisse (environ +2,8°C par rapport au début du XXe siècle) a des impacts directs et multiples sur la santé: stress thermique lors des canicules, extension des habitats des vecteurs de maladies (le moustique tigre est désormais présent hors du Tessin, les tiques couvrent désormais tout le territoire), pollution atmosphérique accrue. La surmortalité lors des vagues de chaleur touche en priorité les personnes de plus de 75 ans : l’été 2003 en constitue l’illustration dramatique. Selon divers travaux scientifiques consacrés à cet été extrême, près de mille décès supplémentaires sont attribués aux hautes températures.
D’ici 2060, l’exposition et la vulnérabilité de la population suisse aux fortes chaleurs augmenteront nettement du fait même du vieillissement démographique.
Voir: L’été caniculaire de 2003: l’optique de la science https://scnat.ch/fr/uuid/i/42f0bbd2-c442-50ab-bcb0-661aafc1af29-L%E2%80%99%C3%A9t%C3%A9_caniculaire_de_2003_l%E2%80%99optique_de_la_science
Quel que soit le bord politique, Stéfanie Monod nous demande de rester lucides face à la réalité du changement climatique. Et dans toute proposition, il faudra toujours considérer: la pénurie de professionnels et des moyens financiers en baisse! On ne pourra donc pas «simplement» s’adapter à la marge, ou «juste» faire un peu plus de ce qu’on fait déjà, poursuit-elle. Et toutes les politiques publiques vont être impactées. Il faut s’y préparer dès maintenant.
La journée s’était articulée autour d’une conviction partagée: face aux mêmes défis démographiques et climatiques, la Suisse et la Belgique peuvent s’inspirer mutuellement. Leurs différences institutionnelles, leurs solutions différentes face à des problèmes comparables, constituent une source d’innovation précieuse.
Jacques Berset