Robert Grauwiller, président sortant de l’Association Suisse des maisons spécialisées en Horlogerie et Bijouterie, répond aux questions de Rudolf Vonlanthen, vice-président de l’Association des retraités de la Singine.

Rudolf Vonlanthen: Vous allez prochainement donner une conférence sur la vente sérieuse de vieil or. Pourquoi de nombreux prestataires font-ils la promotion pour l’achat vieil or avec des manteaux de fourrure et d’autres objets ?

Robert Grauwiller: Nous connaissons tous ces prospectus dans nos boîtes aux lettres et ces annonces pleine page dans les quotidiens. Ce que nous remarquons moins, c’est que cette publicité s’adresse principalement aux retraités. C’est notre génération qui possède encore quelque part un manteau de fourrure, une vieille machine à écrire ou une cruche en étain dont on aurait dû se débarrasser depuis longtemps. Et voilà que quelqu’un me propose à racheter ces objets au prix fort, car il y aurait une forte demande en Europe de l’Est.

Mais ce qui passe inaperçu à la lecture de cette publicité, c’est le minuscule astérisque qui accompagne chaque offre et le texte encore plus petit, caché quelque part dans l’annonce, qui précise que l’achat de ces articles n’est possible qu’en combinaison avec la vente de vieil or.

Que se passe-t-il si je me rends à cet événement avec mon manteau de fourrure ?

On vous informera poliment que le manteau de fourrure ne sera acheté que si vous vendez en même temps du vieil or. Et c’est là que cela devient intéressant pour l’acheteur de vieil or: ceux qui pouvaient autrefois s’offrir un manteau de fourrure ou d’autres objets de valeur possèdent certainement aussi des bijoux chez eux. Il est toutefois fortement déconseillé d’accepter la visite à domicile proposée par l’acheteur.

À quoi dois-je faire particulièrement attention lors de la vente de mes bijoux en or ?

Il est important de bien vous préparer ! Déterminez la teneur en or fin de votre bijou. Si vous ne connaissez pas la teneur en or, cherchez un poinçon, par exemple 750, 585 ou 375 (les poinçons tels que GAM ou DICA correspondent à 375). Ces chiffres indiquent la teneur en d’or fin. Pour le poinçon 750, cela correspond à 75 % du poids total.

Prenez votre balance de cuisine numérique et pesez votre bijou. Vous trouverez le prix actuel de l’or au kilo dans la presse quotidienne ou auprès de votre banque. Vous disposez ainsi de quelques informations avant de rechercher un acheteur pour votre vieil or. Une fois vendue, le commerçant fera recycler cette bague avec d’autres bijoux auprès d’une maison d’affinage. Au cours de ce processus, les métaux alliés tels que l’argent et le cuivre sont recyclés, c’est-à-dire séparés de l’or fin. Pour ce processus, un négociant sérieux facturera de manière transparente une déduction de 15 à 30 % de la valeur du vieil or.

À qui puis-je confier mes bijoux en or pour me protéger contre les abus ?

Je constate souvent qu’il existe une certaine réticence en matière de bijoux: on n’ose souvent pas se rendre chez son bijoutier ou son magasin spécialisé de confiance avec des bijoux anciens ou hérités. Cette réticence n’existe pas lorsqu’il s’agit de vendre sa voiture, comme chacun sait. Pas tous les magasins spécialisés achètent du vieil or, mais ils peuvent vous renseigner sur la valeur des bijoux que vous souhaitez vendre ou vous conseiller des alternatives. Certains bijoux peuvent facilement être transformés dans un nouveau design et être à nouveau portés avec plaisir. Si une chaînette est en bon état, il suffit peut-être d’ajuster sa longueur ou de la faire rafraîchir pour l’offrir en cadeau à un membre de la famille. Le vieil or acheté par un magasin spécialisé peut également servir comme acompte pour l’achat d’un nouveau bijou ou la réparation d’un autre bijou.

Vos conseils généraux ?

En résumé, je conseille de ne pas vendre ses bijoux dans un endroit où il n’y a plus personne le lendemain et où le numéro de téléphone indiqué ne répond plus. RV

Le vieillissement de la population va se poursuivre en Suisse, avec le passage à la retraite de nombreux baby-boomers ces prochaines années et l’augmentation de l’espérance de vie. Les personnes âgées de 65 ans ou plus présentent aujourd’hui environ 20% la population totale. Ils en représenteront environ 25% dans 30 ans, relève l’Office fédéral de la statistique (OFS).

Selon le scénario de l’OFS, la population de 65 ans ou plus augmentera d’environ 50% entre 2024 et 2055, alors que l’offre de logements adaptés aux personnes âgées reste largement insuffisante en Suisse. 400’000 logements adaptés devraient être construits d’ici 2040, selon une étude publiée en octobre dernier par le cabinet d’étude immobilière Wüest Partenaires,  qui met en lumière un déséquilibre croissant entre la demande et l’offre de logements adaptés aux personnes âgées.

Frein à la mobilité résidentielle des seniors

Les personnes âgées privilégient aujourd’hui des appartements de deux à trois pièces, situés à proximité des commodités et adaptés à leurs besoins spécifiques. Pourtant, entre 2021 et 2025, l’offre de ce type de logements a diminué de 41% au niveau national, selon l’étude. Cette pénurie freine la mobilité résidentielle des seniors, qui souhaitent généralement rester proches de leur cercle social et de leurs repères.

Pour de nombreux retraités vivant seuls, les loyers en Suisse sont devenus inabordables: dans la majorité des régions, plus d’un tiers de leurs revenus part dans le loyer. A Genève et à Zurich, seul un cinquième des couples de retraités pourraient encore assumer les loyers actuels s’ils devaient déménager. Par conséquent, ils ne déménagent pas de leur appartement devenu trop grand depuis le départ des enfants.

Fribourg également concerné

Le vieillissement de la population concerne également le canton de Fribourg, qui comptera en 2030 près de 75’000 personnes de plus de 65 ans. Dans le canton, comme dans le reste du pays, le déséquilibre s’accentue entre une population vieillissante et un parc immobilier inadapté.

Pro Senectute met est à disposition une liste d’appartements adaptés pour les seniors dans le canton de Fribourg. Selon les estimations de la Fondation privée, plus d’un millier de seniors bénéficient aujourd’hui de cette vie en collectivité dans le canton.

Voir : https://fr.prosenectute.ch/fr/conseil/maintien-a-domicile/logement.html#:~:text=Une%20liste%20d%E2%80%99appartements%20adapt%C3%A9s%20pour%20les%20seniors%20dans,de%20cette%20vie%20en%20collectivit%C3%A9%20dans%20le%20canton.

Le chef de la Direction de la santé et des affaires sociales (DSAS) a incité les communes à s’engager pleinement à mettre en place des logements adaptés pour les seniors.

Accès au logement pour les seniors: face aux déséquilibres du marché, l’intervention publique est essentielle 

Lors du 6e Forum fribourgeois du logement qui s’est déroulé le 26 septembre 2025 à la Haute école de gestion de Fribourg, sur le thème de «L’action communale en matière de logement», le conseiller d’Etat Philippe Demierre a souligné que vieillir ne se limite pas à des questions de santé ou de soins, mais c’est aussi rester bien chez soi, dans un logement adapté, accessible, qui favorise l’autonomie, le bien-être et le lien social. «Nous devons anticiper dès maintenant les formes d’habitat qui répondront à cette diversité de besoins».

Le chef de la Direction de la santé et des affaires sociales (DSAS) a incité les communes à s’engager pleinement à mettre en place des logements adaptés pour les seniors.

Le mythe de la «magie du marché»

Face à ce défi démographique, les pouvoirs publics ne doivent pas se contenter de laisser totalement le domaine du logement aux partisans du mythe de la «magie du marché» chère à l’ancien président américain Ronald Reagan.

Après avoir rappelé que les politiques efficaces doivent viser à stimuler l’offre tout en maintenant la rentabilité des projets immobiliers, Olivier Schöni, professeur à l’Institut de hautes études en administration publique (IDHEAP) de l’Université de Lausanne, a souligné que l’intervention publique est essentielle pour corriger les déséquilibres du marché du logement et assurer l’accès à un logement décent pour tous, car le prix des loyers flambe et l’offre de logement reste rare. Olivier Schöni demande que l’on soutienne les coopératives et les logements d’utilité publique. Les communes, si elles ne sont pas les seules, disposent tout de même de leviers pour résoudre la crise du logement.

Le spécialiste des politiques publiques en matière de logement, présentant les fondements économiques des politiques publiques dans ce domaine, a relevé les enjeux sociétaux de la pénurie de logements et le nombre de personnes âgées quittant une Suisse devenue trop chère pour elles.

Le marché libre ne peut couvrir tous les besoins

Martin Tschirren, directeur de l’Office fédéral du logement (OFL), a détaillé les instruments disponibles pour les communes: planification du territoire, collaboration avec les coopératives d’utilité publique, incitations financières ou encore mise à disposition de terrains en droit de superficie. Il a insisté sur la diversité des situations locales et la nécessité pour les communes de jouer un rôle moteur, en lien direct avec les acteurs du marché. Il a lui aussi souligné que les communes, dont certaines ont des réserves foncières, ont une marge de manœuvre considérable, et que le seul marché libre ne permet pas de couvrir tous les besoins.

Elias Moussa, conseiller communal de la Ville de Fribourg, a relevé que la ville fait face à une pénurie de grands logements et à une forte concurrence territoriale. Sa feuille de route vise à encourager la rénovation, à soutenir la mobilité résidentielle – il note une sous occupation du parc existant, les seniors occupant souvent de grands appartements, car déménager dans un plus petit logement leur coûterait plus cher ! – et à développer des logements adaptés aux familles et aux seniors.

Des communes fribourgeoises engagées sur le terrain

Quelques communes fribourgeoises, trop peu nombreuses, sont engagées sur le terrain, avec diverses initiatives locales. Guy Petter, syndic de Mont-Vully, et Markus Ith, conseiller communal de Morat, ont présenté la Coopérative d’habitation du Lac à Sugiez et sa Résidence du Vully. Il s’agit de trois immeubles résidentiels à côté de la gare de Sugiez offrent 27 appartements de 2½ et 3½ pièces, adaptés aux personnes âgées ou handicapées capables de gérer leur ménage de façon indépendante. Ce projet exemplaire, rendu possible grâce à un legs et à un soutien communal substantiel, montre l’efficacité de la collaboration entre communes et maîtres d’ouvrage d’utilité publique.

À Villars-sur-Glâne, la conseillère communale Alizée Rey a présenté la réforme de la politique locale du logement. Une nouvelle fondation communale sans but lucratif remplacera la coopérative existante afin de promouvoir la mixité sociale, de développer des logements à loyer modéré et, à terme, de financer l’aide directe accordée aux ménages modestes. Ce modèle illustre une approche intégrée entre action sociale et planification territoriale.

Dans la partie alémanique du canton, Bruno Grossrieder (Heitenried) a présenté la Fondation Magdalena, qui propose des appartements adaptés aux seniors avec services intégrés: cafétéria, conciergerie sociale et soins infirmiers. Cette initiative témoigne d’une forte implication communale dans la création de logements adaptés au vieillissement de la population. Véronique Dey (Bas-Intyamon) a exposé le projet de la société SI Pré Fleuri Villars-sousMont SA. L’immeuble de 11 appartements, soutenu par des prêts issus du Fonds de roulement de l’OFL, offre des loyers modérés pour les familles et les personnes à mobilité réduite. Il démontre qu’une planification commune concertée et des financements ciblés peuvent rendre possible un logement d’utilité publique en milieu rural. Le Forum 2025 a mis en évidence le rôle essentiel que peuvent jouer les communes, ainsi que la complémentarité des différents niveaux de collectivités publiques pour relever les défis ayant trait au logement.

Jacques Berset

Le comité de la VASOS/FARES, qui se considère comme la voix des personnes âgées et défend leurs intérêts dans le cadre des débats et décisions politiques, s’oppose résolument à l’initiative «200 francs suffisent» (Initiative SSR), soumise au vote le 8 mars 2026, qu’il juge dangereuse pour les générations âgées.

Pour une large partie de la population – en particulier les personnes âgées, qui ne sont pas nécessairement numérisées – la radio et la télévision de service public restent un accès quotidien indispensable à l’actualité. Une réduction massive du service public revient à détruire un lien qui unit les générations et les régions.

Pour la FARES, l’idée selon laquelle «200 francs suffisent» pour garantir un service de radiodiffusion digne de la Suisse est une illusion. Cette initiative est l’assurance non pas d’une réforme, mais d’un véritable démantèlement. Elle priverait la SSR d’environ 850 millions de francs (près de la moitié de son budget), avec toutes les conséquences qui en découleraient.

Voir l’argumentation de la FARES: https://vasos.ch/fr/publikationen_vasos/quand-les-chiffres-contredisent-les-opinions/

La Conférence des Gouvernements de Suisse occidentale (CGSO) s’oppose également fermement cette manœuvre anti SSR. Les Gouvernements estiment que l’initiative met en péril l’ensemble de l’écosystème audiovisuel de Suisse occidentale. Ils invitent à rejeter l’initiative soumise au vote populaire le 8 mars 2026. Ils relèvent que le service public joue un rôle central dans la préservation de la cohésion nationale.

Jacques Berset

Les personnes âgées reçoivent souvent un nombre excessif de médicaments, déplore le Dr Max Giger, spécialiste en médecine interne et gastroentérologie à Winterthour, membre de la Commission fédérale des médicaments CFM (de 2000 à 2011). Il souligne que de nombreuses personnes âgées reçoivent des neuroleptiques et d’autres sédatifs alors qu’elles n’en ont pas besoin. «Ces médicaments émoussent les facultés, provoquent des chutes et des hospitalisations, et mettent en danger la qualité de vie des personnes concernées». Source: Vasos/FARES. Il ne s’agit là que de l’une des nombreuses formes que peut prendre la discrimination liée à l’âge. C’est dans ce contexte que la FARES a initié sa pétition intitulée «Protection contre la discrimination liée à l’âge».

Jacques Berset